Permis de conduire : à quel âge les aînés choisissent-ils d’arrêter ? (Et pourquoi les femmes passent le relais plus tôt)

Conduire à un âge avancé soulève des interrogations dans une société où l’espérance de vie s’allonge. Entre sécurité routière et autonomie, la décision de renoncer à son permis reste un dilemme complexe, bien loin des idées reçues.
Conduire après 65 ans : entre indépendance et sécurité routière
En France, une particularité du code de la route intrigue : le permis de conduire n’a pas de date d’expiration. Ainsi, des octogénaires, voire des nonagénaires, peuvent légalement prendre le volant. Les statistiques révèlent qu’en 2023, près des deux tiers des Français âgés de 65 ans et plus disposaient d’un véhicule personnel. Pour cette population, la voiture représente bien plus qu’un simple moyen de transport – c’est un symbole de liberté et d’indépendance.
Pourtant, les années passant, les capacités physiques et cognitives évoluent. L’acuité visuelle diminue, les temps de réaction s’allongent, et la vigilance peut fluctuer. Ces transformations naturelles rendent parfois la conduite automobile plus complexe qu’elle ne l’était auparavant.
Une surreprésentation dans les accidents mortels
Les données sont éloquentes : les automobilistes de plus de 75 ans sont concernés par environ 15 % des accidents mortels sur les routes françaises. Un chiffre qui ne cesse de progresser année après année. Paradoxalement, la législation actuelle n’impose aucun contrôle médical obligatoire pour cette tranche d’âge.
En 2024, une proposition européenne envisageait d’instaurer un permis spécial pour les septuagénaires, assorti d’un examen de santé systématique. Si certains y voyaient une mesure de bon sens, d’autres la considéraient comme une discrimination. Finalement, le projet n’a pas abouti.
L’état de santé, critère plus pertinent que l’âge
Les spécialistes du vieillissement rappellent qu’il faut éviter les généralisations. Comme l’expliquent le Dr Sylvie Bonin-Guillaume (gériatre) et Philippe Lauwick (président de l’Automobile Club Médical) : « L’âge chronologique ne détermine pas à lui seul l’aptitude à conduire ». De nombreux seniors adaptent instinctivement leur conduite : parcours familiers, trajets diurnes, évitement des autoroutes et des conditions météo difficiles.
Néanmoins, une évaluation médicale approfondie pourrait s’avérer bénéfique. Attention : le médecin généraliste ne peut pas statuer officiellement – seul un praticien agréé par les autorités préfectorales est habilité à rendre un avis contraignant. Un dispositif existant, mais encore trop rarement mis en œuvre.
L’auto-régulation : une tendance majoritaire
Imposer une limite d’âge arbitraire serait-il la solution ? Les études scientifiques infirment cette approche. Les recherches de l’Inserm (étude 3C) démontrent que 85 % des conducteurs âgés renoncent volontairement au volant lorsqu’ils perçoivent un risque. Les femmes font preuve d’une prudence accrue : elles cessent généralement de conduire vers 79 ans, alors que les hommes persistent jusqu’à 82 ans en moyenne.
On pourrait établir un parallèle avec un athlète professionnel qui, sentant son corps moins performant, décide de mettre un terme à sa carrière. Sans pression extérieure, par simple conscience de ses limites.
Vers une approche préventive et bienveillante
Plutôt que de focaliser sur l’âge, ne devrait-on pas instaurer des bilans périodiques, similaires au contrôle technique automobile ? Notre organisme mériterait lui aussi son « diagnostic de performance » régulier. Des campagnes d’information, des tests cognitifs volontaires et un meilleur accompagnement des conducteurs seniors pourraient concilier sécurité routière et préservation de l’autonomie.
L’avancée en âge ne devrait pas constituer une interdiction automatique, mais plutôt un signal d’attention. L’enjeu n’est pas de restreindre la mobilité des aînés, mais de leur permettre de circuler en toute sécurité – pour eux-mêmes et pour autrui. Trouver l’équilibre entre prévention et respect de la liberté individuelle représente sans doute la voie la plus sage à emprunter.